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Fragments sur le vandalisme

- la pertinence sociale de l'asocial

 

dans les montagnes de Nova Sembla

dans les vallées brûlées de Ceylon

n'importe où il y a une canaille

il est mon ami, mon frère

-Bengt Lidner

 

Seul celui qui donne l'ensemble de sa personne à la société y participe vraiment: seul celui qui ne retient pas sa mesquinerie, son refus enfantin, sa colère, ses caprices idiots et désirs déraisonnables. Celui qui réprime ce dit asocial, ou le réserve à une sphere étroite privée, pour fonctionner plus facilement en compagnie, nést pas plus social que d'autres mais seulement plus menteur: un mauvais publicitaire pour sa propre personne. Et comme tel moins social. Ce qui est communiqué n'est pas compatissant, ouverture d'esprit et curiosité, mais seulement un autre message préconçu, une autre manière de fonctionner. De la propagande pour quelque chose de donné ou pour le donnée en tant que totalité.

Tout acte de vandalisme n'est pas nécessairement beau, bon ou recommandable, mais pourtant toujours motivé et socialement pertinent. Il exprime tout autant le niveau général de refoulement - et la manque de formes culturelles d'infraction générales communes - dans l'actuelle forme de société, que d'élémentaires besoins individuels d'écart. Ceci dit, je compte freiner le sociologisant et psychologisant plus ou moins banals où l'on tombe si facilement concernant ces sujets. Je veux plutôt examiner la politique et la phénomenologie du vandalisme.

Ecart: force d'action qui n'est pas au service de l'utilité: joie musculaire, désespoir, l'impossibilité de consolation.

On cite souvent la célèbre maxime de Bakounine celon laquelle l'envie de d'etruire est également une envie créative. Beaucoup de ses disciples anarchistes ne voient pourtant cela que comme polémique et conditionnel: evers précisément cette société répressive l'envie de déstruction est adéquate afin de pouvoir créer quelque chose de totalement nouveau et meilleur sur ses ruines. Il faut pourtant voir plus loin que ça.

Rien n'est aussi passionant et émouvant que les traces d'une réaction violente issue de véritable souffrance humaine. Même les crimes les plus atroces s'effacent comparés aux sentiments de désespoir total qu'on imagine nécessaires pour rendre ceux-xi possibles. Tout est possible. Totalement, totalement. Mais si on peut rester impuissant de s'imaginer les puissantes émotions qui ont déclenchées certains actes de terreur, estropieries, mutilations de soi-même, on peut plus quotidiennement se réchauffer au coeur de l'humanité qui se dévoile dans des actes de scélératesse plus mesquins. Couvrir et déchirer de l'information, bloquer le chemin de choses ecombrantes, mettre des appareils de service hors fonction, lacher sa mauvaise humeur sur l'ameublement, c'est souvent si vachement tiré par les cheveux, ingénieux, infâme.

L'urbanité souligne l'aliénation, est écologiquement intenable et parasitique à tous les niveaux de par sa nature. Elle est en même temps plus sociale que d'autres formes de vie puisq'elle réduit le contrôl social - la prison des traditions et normes données - et facilité un écart réel. Celui qui rejette famille aussi bien que profession est véritablement urbain et capable de prendre sa responsibilité sociale, s'égarer et découvrir suffissamment pour avoir quelque chose à communiquer à la communauté sociale.

Bien entendu il y a beaucoup d'actions spontanées destructives que de fait ne sont qu'une manière de de conserver ou établir un contrôle menacé, de terroriser pour obtenir prestige et pouvoir. Une grande partie de la masculinité parmis nous est précisément cela. Une grande partie de cette conduite chez ceux qui se réunissent pour garder cette masculinité: nazis, gangs moto, mafiosi, flics. En réalité cela n'est pas une question de déstructivité, spontanéité, liberté, désir mais seulement rationalité, violence, pouvoir, contrôle.

J'ai vu une personne triste qui était tellement soûle qu'elle ne pouvait à peine marcher, mais à tout prix voulait tracasser le type musclé et émeché qui était le nouveaux mec de son amour, infatigablement défiant d'innombrables tentatives d'expulsion. Finalement, après un bout de temps péniblementlong, il a été battu jusqu'au sang. Quelle terrible passion! Abruti d'alcool et poussé uniquement par son chagrin, il n'avait pas d'autre issue: la seule manière de continuer à vivre était d'aller jusqu'au bout, de sorte que des circonstances externes en ont décidé. Sans sang rien n'était réel. Il avait bien sûr pu boire en silence jusqu'à perte de conscience. Ça aurait été moins social, moins romantique, moins expressif; il aurait été moins citoyen.

Le insupportables continueront à être insupportables. La question est si ils ont quelque chose à enseigner ou non.

De l'autre côté, ceux qui rompent l'accord parce qui'ils tiennent tellement à eux-mêmes et à ce que tout ira correctement et rationellement manqueront probablement l'essentiel. Les constructions rationelles de situations n'existent seulement afin que les vaniteux puissent exercer du contrôle. Ils font valoir leur personne par un type de conformisme insupportablement banal. Quand on sert du café, ils veulent du thé. Quand un mot leur déplaît, ils refusent à comprendre jusqu'à ce qu'il soit remplacé par un synonyme qu'ils préfèrent. Ce qui a de la valeur au niveau social n'émergera pas grâce à un effort calculé, mais en créant des conditions favorables à l'imprévu.

Aucune violence n'est sans doute légitime. Or le désespoir psychologique et social qui suscite et parfois même rend nécessaire la violence nést pourtant pas un processus rationnel qui attend autorisation. Beaucoup s'appliquent à rationaliser et légitimer leur propre violence mais rejeter la violence en principe. Nous voyons cela d'un côté chez certains bolcheviks, antifascistes etc., et de l'autre chez des états avec leurs police et armée. Evidemment on se retrouve facilement dans l'arbitraire, l'illusion ou dans de pures échappatoires. Mais il y en a aussi qui font le contraire: ils ne peuvent pas s'imaginer d'accepter d'autres mobiles que des rationnels. Et si la violence ne soit alors possible de quelque façon valable, elle est toujours condamnable. Un pacifisme radical si déraissonable a au moins l'avantage d'être contraintuitif, provoquant et hyperradical. Le risque est bien entendu qu'il laisse violence étatique intacte en mettant toutes formes de violence dans le même sac.

Je suis moi-mêmes un pacifiste notorique. Mais il est important, vital, de commettre des erreurs, de ne pas limiter ses actions à ce qu'on sait peut se legitimer. Prenez des risques, en soyez responsable par la suite! Il sera évident que notre vie sociale se libérera uniquement par des actions radicales qui ont paru extrêmement hâtives, exagérées ou comme des pures illusions, ou, pour être trop explicite, tout simplement destructives et peut-être même sanguinaires.

Qui n'est pas sanguinaire qui a soif de vie?

Différents groupes d'écartants représentent différents grades de défis. Les plus frappants sont ceux qui se tiennent à l'écart: des cliques liées ethiquement, des punks et des skinheads, divers groupes de jeunes qui vivent parmi nous mais qui refusent de communiquer d'après les conditions données. Le jargon liberal avec son consensus notoirement superficiel ne les touche pas. Plus malveillants sont ceux qui ressemblent à n'importe qui mais qui sont en réalité fidèles à une autre culture, ce qu'ils n'ont pas besoin de dévoiler tout de suite et parfois même peuvent cacher aussi longtemps que possible. Je pense beacoup d'homosexuels, croyants, communistes, fascistes et fous discrets. Ils savent souvent exposer de façon vertigineuse l'illusoire de certains accords superficiels, répandre une prise de conscience que tout n'est pas comme il le semble, et au mieux faire des citoyens indifférents mettre avec effroi en question leur personalité.

Mais ceux qui constituent les écartants les plus extraordinaires puisque leur aliénation semble sans limite sont les alcooliques, drogués, fous, mendiants. Ils ont moins de communauté interne que d'autres groupes. D'une facon importune, infatigable, souvent aussi épuisante que difficile à comprendre ils se chargent de communiquer même avec leurs semblables les moins disposés, d'être à la fois de diseurs de verité draconiens et pratiquer un papotage détendu sans fin. Ils défient tout le monde et provoquent des sentiments qu'ils acerbent. C'est soit solidarité de classe soit haine de classe (le dernier souvent comme un malaise notoire envers la crasse et l'humiliation), c'est l'apitoyement, la gaieté ou le malaise, c'est le constant conflit entre l'instinct d'être social et l'envie d'être laissé tranquille. Les alcooliques, les drogués, les fous, les mendiants sont bêtes ou génials, sympathiques ou affreux, ils sont gaies, en ont assez, sont tristes ou fâchés: ils sont surtout importuns, ils sont de véritables citoyens.

De tels groupes d'écartants notoires ne mériteraient-ils donc pas tout simplement un salaire de citoyen plus que les obligeants hordes rouspétantes de salariés anonymes qui se fâchent de leur mendicité?

Ecart: le besoin créateur communicatif d'autocréation et autonégation, de vraiment communiquer soit en refusant de communiquer soit en communiquant à un tout autre niveau que celui du donné. Le besoin de prendre ses distances et en même temps de s'approcher en communiquant son désavourement et en courant le risque de s'exposer aux réactions.

La fragilité est un vertu. Nous aurons toujours tort. Ce que nous pouvons faire c'est de dévoiler notre manque de sens et fallibilité infinie, de même que nos fantaisies et désirs profonds, nos infatiguables efforts de comprendre et de démasquer. Si nous nous lions avec d'autre gens, ce qui implique la révélation de point faibles, l'écartement et le défi, alors nous sommes vraiment humains. Et ça pourrait être la condition du reste.

 

(tr Kalle Eklund)

 

 

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